Depuis trois ans maintenant les marchés des matières premières sont pris d’une véritable fièvre, de l’acier au soja, des métaux au fret maritime la flambée des prix n’a pas d’équivalent depuis le grand choc des matières premières de 1974. A l’origine, sur presque tous les marchés, il y a la Chine, son extraordinaire croissance et ses besoins presque insatiables.
Il vient alors à l’esprit les paroles de Napoléon qui avait déclaré « Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera », ces paroles issues d’un autre temps semblent pourtant si appropriées au temps présent. La Chine s’est réveillée voila quatre ans d’une très longue léthargie, le pays du soleil levant sûrement plongé pendant si longtemps dans des rêves d’en temps ou les dynasties Han, Tang, Song ou encore Ming dominaient le monde. Le temps a finalement rattrapé la Chine, au rendez-vous du troisième millénaire alors un bruit se fait entendre, la terre tremble…
Le géant au pied d’argile est debout et de par sa taille, de par sa faim de matières premières, il met le monde des produits de bases en effervescence. Il faut se rendre à l’évidence, le pays a surpris tout le monde de par l’augmentation si soudaine de ses besoins. La Chine est donc bel et bien sur le devant de la scène, en tant que septième puissance économique mondiale et future première puissance. Le pays le plus peuplé de la planète avec plus de 1,3 milliards d’habitants officiels est bien le pays de tous les records et de tous les miracles.
Elle n’est pourtant pas si loin la période Maoïste où le pays semblait imperméable à tout changements tant son régime communiste de culte de la personne était dur. Mais Mao ne semblait pas s’en offusquer, lui qui aimait à déclarer « Peu importe que le chat soit noir ou blanc pourvu qu’il attrape la souris ». Cela suffisait alors à légitimiser le système mais les résultats n’étaient pas au rendez-vous.
Il a fallu attendre Deng Xiaoping le réformateur pour que la marche en avant non plus sur Formose mais sur le monde commence. Le leader pékinois intronisé Chef du Parti en 1978 à d’abord œuvré pour que le pays s’ouvre doucement aux investissements étrangers et que les réformes des institutions mettent en place de nouvelles structures pour passer d’un système planifié à une économie socialiste de marché. Ces réformes entamées il y a 25 ans sont encore loin d’être achevées tant les inégalités dans le pays sont encore fortes et les libertés bafouées, mais le pari est malgré tout payant car le niveau de vie s’améliore et la croissance est bien présente, à plus de 9% encore en 2004.
Le pays est donc en pleine phase d’industrialisation comme le Japon a pu l’être dans les années 1960, cette phase est caractérisée par une croissance forte et une utilisation accrue de matières premières. Ces industries vont alors permettre de pallier à la fois à la demande d’infrastructures des pouvoirs publics qui se sont efforcés ces dernières années de développer les zones délaissées. Mais également aux besoins des ménages qui avec l’émergence d’une nouvelle classe moyenne citadine de plus de 150 millions d’invidus consomment de plus en plus ceci du fait de l’augmentation du pouvoir d’achat et de l’imitation des modes de consommations occidentales.
L’ensemble pour fonctionner a besoin d’immenses ressources en matière première mais les capacités chinoises en l’occurrence même si elles sont importantes, rappelons que le pays possède 12% des réserves minérales de la planète, ne sont pas illimitées. Pour compenser la différence, ces dernières années la Chine a fait beaucoup appel aux marchés de matières premières si bien que les demandes de commodités, si forte vu l’échelle chinoise, sont venues créer des distorsions sur ces derniers en tendant l’offre par rapport à la demande ce qui a pour résultat de faire grimper les prix.
Ce travail portera donc sur l’analyse de l’impact de la croissance et de la demande chinoise sur les marchés de matières premières. Le sujet étant vaste, la problématique consistera à démontrer que l’impact chinois est bel et bien fort sur quasi tous les marchés et qu’il est la principale cause de la hausse des cours, mais tout en nuançant et ceci à deux niveaux. D’une part d’autres facteurs sont venus s’ajouter au facteur chinois pour amplifier encore la hausse des cours. D’autre part certains marchés ne sont pas concernés par la demande chinoise et la hausse des prix des matières premières. La Chine s’avère omniprésente mais il faut relativiser et ne pas rentrer dans l’amalgame, certes le pays imprime un fort impact sur les marchés mais certains observateurs attribuent tous les maux de la planète matières premières à la Chine or ceci est à nuancer, tel est l’objet de ma problématique.
La première partie a pour but de décrire les raisons d’une telle demande de matières premières. L’analyse portera dans un premier temps sur les causes de la croissance si forte depuis 20 ans. Dans un deuxième temps il sera question de montrer les conséquences de cette croissance sur la population et sa consommation de matières premières. Le dernier point insistera sur les conséquences de la hausse de la consommation des ménages et des pouvoirs publics sur les besoins en produits de base ceci à travers les indicateurs de production et de consommation chinoise de matières premières. Le but de cette première partie est donc en confrontant les deux indicateurs de montrer que la consommation de commodités en Chine, issue de la hausse du niveau de vie lui-même issu de la croissance, est plus forte que la production. La conséquence est une demande forte sur les marchés avec bien sur des marchés plus ou moins fortement concernés.
La partie numéro deux insistera sur l’analyse des marchés plus ou moins fortement concernés par la Chine et leurs évolutions ainsi que les causes de leurs hausses des prix. Le but est de montrer que la Chine est quasi omniprésente car tant de marchés sont concernés. Il sera également question dans cette deuxième partie de montrer à quel point les compagnies minières, sidérurgiques et autres de ces différents marchés de commodités se sont enrichies.
Enfin la dernière partie a pour but de nuancer cet impact chinois qui certes est très fort mais d’une part d’autres facteurs conjoncturels et structurels du marché des matières premières entrent en jeu pour amplifier la hausse des cours et ce sera l’objet d’un chapitre. Et d’autre part certains marchés comme ceux tropicaux ne sont pas concernés du tout par l’influence chinoise.