Entretiens Internationaux de l'Aménagement et du Développement des Territoires 2003
Forum : « L’ancrage territorial des entreprises »
Compte rendu Entretiens Internationaux de la DATAR -Table ronde Mardi 21 janvier 2003
Rédigé par Ileana Barbantan et Shermin Ismailova
INTRODUCTION
Les avantages concurrentiels et la pérennité des entreprises dans une région sont le fruit de leur collaboration avec les composantes du territoire. Le but de ce forum est d’illustrer les choix que les régions font pour favoriser l’ancrage territorial des entreprises.
INTERVENANTS
1. Jean-François BERNARDIN, Président de l’Assemblée des chambres françaises de commerce et d’industrie (ACFCI), France
2. Bruno BONDUELLE, Président du conseil de surveillance du groupe Bonduelle et co-président de l’association Nouveaux territoires pour l’entreprise, Président de Nord France eXpert, France
3. Didier LOMBARD, Président de l’Agence française pour les investissements internationaux, Ambassadeur délégué aux investissements internationaux, France
4. Denis RANDET, Délégué général de l’Association nationale de la recherche technique, France
5. Emilio DUCH, « Competitiveness Institut - Barcelone, Lyon, Bologne », Espagne
6. Dominique ROUSSET, journaliste
PROBLEMATIQUE
ROUSSET : La région joue le rôle d’un cadre pour les entreprises qui développent leurs activités sur le territoire. La question qui se pose est de savoir à quel niveau la région peut intervenir pour pérenniser l’ancrage de ces entreprises. Il faut également clarifier les notions d’ancrage et implantation de point de vue de l’attractivité des territoires.
DEBAT, DISCUSSION
LOMBARD : Distinction entre ancrage et implantation.
L’Ancrage territorial peut être comparé à l’accostage d’un bateau au long d’un port. Les entreprises viennent s’implanter sur un territoire en fonction des avantages qu’il offre, mais ne pensent pas forcement à s’ancrer sur ce même territoire. Ainsi nous pouvons déduire que l’ancrage est une implantation durable mais pas éternelle. Dans leur évolution les entreprises subissent des cycles de5 à10 ans, qui les amènent à modifier leur stratégie.Il faut intégrer cette démarche stratégique dans la gestion du territoire. Il est simple d’attirer les entreprises en leur proposant certaines facilités, mais il est beaucoup plus difficile de créer des liens pérennes. Pour empêcher les entreprises d’aller ailleurs il faut leur offrir un environnement qui va au-delà des simples facilités fiscales. C’est là qu’interviennent l’état et les collectivités territoriales en mettant en place des conditions de proximité, des infrastructures, des platformes logistiques et des formations d’une main d’œuvre qualifiée. L’exemple de Toyota dans la région Valenciennes, lobby français.
BONDUELLE : Plus un territoire accorde des avantages fiscaux à une entreprise, plus elle amortit vite ses coûts d’implantation et elle peut partir ailleurs. (Exemple des implantations en Europe de l’Est). Ce qui peut empêcher une entreprise à quitter un territoire facilement, ce sont les centres de recherche, il est nécessaire d’avoir une spécialisation territoriale. « La matière grise ne se délocalise pas ».Autrefois on percevait l’Europe en pays, aujourd’hui les grandes multinationales ont une dimension européenne transfrontalière des territoires, ils créent leurs propres régions. (Exemple : Sud-Est de la France/Pays Basque/Catalogne ; Le Nord-Est de la France/Belgique/Pays-Bas).
BERNARDIN : La plupart des entreprises ne sont pas réduites à une circonscription, elles s’intéressent aussi à d’autres régions. C’est l’exemple de Millau qui se trouve dans le bassin des Midi-Pyrénées, mais qui est attirée par la région de Montpellier. Dans ces cas là, les entreprises font une abstraction des circonscriptions administratives.Selon leur nature nous observons deux types d’entreprises, d’une part les multinationales qui n’ont pas la notion du patriotisme territorial et qui ne s’ancrent pas dans la région, (ce sont des entreprises de nature plus susceptibles de quitter une région) et d’autre part nous avons les entreprises territoriales qui sont nées sur ce même territoire. Ces dernières sont attachées au territoire, mais sont tenues faire face à la compétition internationale et sont amenées à partir. Le départ d’un territoire est très difficile pour ces entreprises, c’est pour cette raison qu’il faut bâtir des projets de développement territoriaux. (Exemple : Sainte Sigoulaine, Haute Loire).
DUCH : L’attitude des entrepreneurs est déterminée par leur origine et leur appartenance culturelle. Nous pouvons identifier deux types de comportement. Il y a les entrepreneurs latins et les entrepreneurs anglo-saxons. Les premiers sont attachés aux traditions et prônent pour l’ancrage territorial, tandis que les Anglo-saxons pratiquent plus facilement le zapping des territoires. Ils prennent plus de risque.Dans ce contexte les régions doivent rendre leur territoire attractif en adaptant le capital social et autre aux besoins des entreprises.
RANDET : Les départs des entreprises d’une région déstabilisent, mais en même temps amènent les territoires de réfléchir sur la création de Technopôles. Nous avons pu observer l’installation de plusieurs Technopôles : Angoulême, Sophia-Antipolis, Évry, Grenoble.La dimension d’initiative individuelle stimulée par la région est très importante pour le développement des Technopôle. L’initiative peut venir de chacun : chercheurs, entreprises, universitaires. Pour constituer un Technopôle il faut trois composantes : l’enseignement, la recherche et l’industrie.
LOMBARD : Quelle est l’importance des Technopôles pour les territoires ?
La création d’un Technopôle favorise l’ancrage solide des entreprises sur un territoire, il constitue un élément de différenciation, de spécialisation. Avec la recherche et le développement, les pôles des compétences, la volonté politique et la différence technologique les territoires fidélisent les entreprises, les investisseurs étranger. Il faut que les régions soient actives dans leur politique de développement. Les régions qui ont connu des sinistres sont les plus actives aujourd’hui.Après le départ de la société Moulinex la région Alonson a pu se développer grâce à sont Technopôle.
BONDUELLE : Le meilleur ancrage c’est celui des entreprises patrimoniales avec des actionnaires. C’est le cas de l’Allemagne et l’Italie ou les familles et les actionnaires sont fidèles à l’entreprise.Les entreprises françaises manquent de patriotisme. Par ailleurs les entreprises américaines ont une culture de capitalisme familial. Elles font des ravages ailleurs, mais elles sont tout à fait ancrées dans le territoire national(exemple Crown Corc, Philadelphie).
BERNARDIN : Quelle est le rôle des Chambres de Commerces ?
L’attachement des entreprises au territoire était difficile en France, et c’était une erreur. Les CCI collaborent avec les régions pour aider les entreprises, pour financer des projets etc.. Les territoires et les entreprises voisins sont perçus comme un appui et pas comme des concurrents.
DUCH : Les régions et les entreprises doivent collaborer pour appréhender les éventuels problèmes et trouver des solutions ensemble. Les régions doivent prendre en compte le comportement des entreprises et adapter la stratégie de développement territoriale en fonction des besoins.En Espagne et en Italie la responsabilité est déléguée aux entreprises et nous observons des bons résultats, ce n’est pas encore le cas de la France.
QUESTIONS1. Que peut faire la région dans le cas de la société « GM + » ou les entrepreneurs ont perdu l’avantage technologique de la carte à puce?
LOMBARD : L’état ne peut pas intervenir dans ce cas. Ce sont les règles du marché qui doivent être appliqués. Ce n’est pas une mine épuisée il y a de la valeur ajoutée française qu’on peut exploiter.
BERNARDIN : Nous sommes confrontés avec un problème social. L’Europe préfère conserver les emplois plutôt que de créer de nouveaux emplois.
2. Quel est le poids du secteur privé dans le développement de la région ?RANDET : En France l’état reste essentiel, mais il donne une partie de son pouvoir à la région. L’état crée dynamique par l’intermédiaire de la comptabilité publique et la recherche. Le secteur privé intègre cette dynamique et de son coté il entraîne le secteur public.
BERNARDIN : Il faut gérer des systèmes complexes.
3. Quel est votre avis sur la cohérence de la politique des métropoles (durée de 20 ans nécessaire), étant donné la courte durée des mandats ?BONDUELLE : Le problème des métropoles français est la centralisation extrême des entreprises en région parisienne. Lorsque les entreprises grandissent, elles concentrent leurs centres de décision à la capitale, ce qui fait de Paris la seule grande métropole en France.
La décentralisation en Europe doit être accompagnée et la France est en retard par rapport à cela. La mission sur laquelle la DATAR se concentre depuis 40 ans, s’avère très difficile à réaliser.
4. Qu’est ce que l’Europe peut faire pour aider les régions?DUCH : La meilleure chose que l’Europe peut faire est de s’abstenir. Le gouvernement national doit laisser faire les régions dans leur politique territoriale. Aujourd’hui l’Europe est en train d’essayer d’encadrer la politique territoriale et c’est dangereux.
BONDUELLE : Si nous nous imaginons l’Europe comme une grande famille, la France est son enfant. En tant que parent l’Europe peut et doit donner un exemple ! L’expérience européenne peut beaucoup nous apporter, lorsque nous passerons à une Europe des 25 pays.