Entretiens Internationaux de l'Aménagement et du Développement des Territoires 2003

ATELIER : « Capital social et développement économique »

Compte rendu Entretiens Internationaux de la DATAR -Table ronde Mardi 21 janvier 2003
Rédigé par Camille Lecoq et Clémentine Petuaud-Letang

 

Intervenants :
Ifor FFOWCS-WILLIAMS, Directeur Général de Clusters Navigators Ltd, président du Competitiveness Institute, Nouvelle Zélande
Bernard REVERDY, Expert associé à l’évaluation de la contribution des fonds structurels, au développement durable, France
Jean-Marie ROUSSEAU, Expert national détaché, Unité Actions Innovatrices, DG Politique Régionale, Commission Européenne

Dans un contexte d’accélération des changements technologiques et de remise en question de la nouvelle économie, de nouveaux espaces de liberté et de civilité se dessinent. Solidarité, confiance et actions collectives sont autant de facteurs qui rentrent en compte dans la compétitivité des territoires.


La définition actuelle du capital social recouvre à la fois la conception de P. Bourdieu et celle de J. Coleman. Le capital social se caractérise donc comme un stock de ressources accessibles par une population vivant sur un territoire. Cette notion se détermine à travers trois aspects :
- Un capital (requiert la construction d’un stock nécessitant investissement et entretien) caractérisé comme social : processus d’échange qui permet le transfert de ressources propres à favoriser le développement d’un territoire.
- Un capital social structurel : il se rapporte à des structures tels que réseaux et associations.
- Un capital social comportemental : il est subjectif (culturel, cognitif, attitudes, valeurs partagées…).

Jean-Marie Rousseau a présenté un micro-projet de la Banque Mondiale dans les régions défavorisées concernant la distribution de l’eau. Ce qui ressort de cet exemple est que certains états se révèlent souvent impuissants à gérer et entretenir ces réseaux de distribution. A partir de ce constat d’échec, la Banque Mondiale observait que le déclenchement d’une action collective au niveau local de la population engendrait des résultats positifs. Ceci s’explique principalement par une implication et une appropriation du réseau de la part des locaux, ce qui permet de diminuer les actes de vandalisme qui étaient la cause principale des dysfonctionnements de l’ancien système.
On assiste alors à une valorisation économique d’un territoire par une valorisation du capital social.

Par ailleurs, peut-on prêter au capital social une puissance économique ? Pour répondre à cette interrogation, J.M. Rousseau expose le positionnement de l’Irlande au sein de l’Union Européenne.
Avant 1990, l’Irlande se situe au même rang de PIB que le Portugal. Les années 90 ont été témoins de la forte distanciation de l’Irlande. Ce processus de développement économique ne pouvait s’effectuer que par rapport à d’autres éléments que le fond structurel européen.
En effet, l’évolution économique de ce pays peut s’expliquer par la correlation capital social (confiance entre les entreprises et les banques, les citoyens et les institutions,…) et capital humain (la capacité d’innovation, création de la connaissance, transfert technologique, financement de l’innovation…).
Pour conclure, sans sollicitation des habitants du territoire, il ne peut pas y avoir de développement. Le manque de performance de la France dans le développement territorial s’explique entre autre par le manque d’implication collective.

Pour faire travailler les personnes ensemble et construire le capital social, I. Ffowcs-Williams utilise le cluster comme un outil analyse.
Le cluster se définisant comme un ensemble d’entreprises situées sur un même lieu, on retrouve ici la notion de culture, d’appertenance à un réseau, de collaboration, de proximité géographique, d’échange d’informations…

Il faut noter l’émergence de la notion de « coopétition » : il s’agit de penser ensemble, dans premier temps, puis de se mettre en concurrence. Les entreprises se regroupent à l’occasion (faire face à une nouvelle demande forte, permettre des avancées technologiques en facilitant la recherche…) et se retrouvent sur le marché concurrentiel face à la clientèle en aval.
La deuxième notion développée ici est celle de la « glocalisation » : penser global (se tourner vers les marchés internationaux) et agir local (être un acteur impliqué dans le territoire).

B. Reverdy met en évidence quatre formes de capital : capital matériel, capital naturel, capital humain et capital social ; ces formes étant toutes indispensables pour le développement social, économique et territorial. Le capital social devient un potentiel collectif apte à résoudre les problèmes de société et créer de la cohésion sociale et repose sur la capacité collective.
Reverdy affine la définition par la mise en place de cinq indicateurs principaux du capital social :
- Confiance envers les corps constitués
- Intégration sociale et cohésion, accés aux services
- Equité, répartition de la richesse
- Organisation sociale, associations, systèmes productifs locaux
- Gouvernance, participation du citoyen
Ces indicateurs sont subjectifs, difficiles à trouver et à évaluer car le concept est lui même difficile à définir.

Une des expériences européennes de développement territorial a été mise en avant par B. Reverdy à partir du besoin de stimuler et d’accompagner l’innovation dans les PME. Ce processus consiste en un modèle appellé Régionnalisation Innovation Stratégie. Il s’agit de passer d’une démarche de Recherche et Développement à l’innovation puis à la diffusion régionale dans les PME afin de créer des synergies, rechercher les capacités créatives pour augmenter la compétitivité de l’économie régionale.
Le manque de capital social conduirait alors les régions à des erreurs fatales. Pour éviter ces dysfonctionnements, les acteurs doivent faire preuve d’une volonté de rattrapage du retard économique et social par l’innovation et la connaissance.
Il faut améliorer les capacités créatrices des régions avec d’efficaces partenariats et ainsi répondre à de nouveaux besoins.