Entretiens Internationaux de l'Aménagement et du Développement des Territoires 2003

TABLE RONDE : « IDENTITE ET PROJET REGIONAL»

Compte rendu Entretiens Internationaux de la DATAR -Table ronde Mercredi 22 janvier 2003
Rédigé par Christelle Badia et Abdelhak Benmira

Intervenants :

JEAN-GUY LE FLOCH, Président directeur général de la société Armor lux, FRANCE
ACHILLE MBEMBE, chercheur, institut de recherches économiques et sociales de johannesbourg, AFRIQUE DU SUD
NICOLAS JACQUET, Délégué à l'aménagement du territoire et à l'action régionale
DENIS MAILLAT, professeur, université de Neuchâtel, SUISSE


Problématique :

La montée en force des régions constitue un phénomène général. La région rassemble souvent les populations autour d'un patrimoine et d'une identité culturelle.elle est aussi l'entité qui conforte les réseaux de solidarité et contribue ainsi au maintien de la cohésion économique et sociale.autour d'un projet régional, les attentes collectives se cristallisent et les synergies entre les espaces ruraux et espaces urbains sont valorisées.comment le projet régional, en intégrant
Une vision prospective, permet-il de faire émerger les dynamiques internes et des démarches de planification garantes de la cohérence territoriales ?

JEAN-GUY LE FLOCH:

Après un bref aperçu historique de la BRETAGNE, il a souligné que l'identité régionale est très forte, puisque la BRETAGNE est restée indépendante jusqu’à 1530.
Au début du vingtième siècle, cette identité a été mise à mal par l’Etat français surtout après la suppression de l’enseignement de la langue bretonne.
les années 60 ont été marquées par des tensions. Par contre, durant les années 80,l’identité de la Bretagne a connu une résurgence, favorisant un rapprochement entre les pouvoirs publics locaux et le monde entrepreneurial.
En effet, cette identité se manifeste surtout à travers une association (produit en Bretagne), regroupant prés de 7500 salaries et les dirigeants des entreprises de différents secteurs d’activités

Cette identité est également véhiculée par les entreprises orientées par excellence à internationale, spécialisées notamment dans le domaine de la distribution.

Il faut ajouter, qu’une charte des entrepreneurs a été adoptée. Elle permet aux artisans et fabricants de réaffirmer l’identité de la Bretagne, en étiquetant tous les produits locaux du label de l’association (produit en Bretagne). Tous ces produits ont réalisé des résultats commerciaux importants.

L’identité bretonne est bien un moyen de promotion et de developpement local, mais également un pont d’ouverture à l’international.

Cette identité régionale a permis, le développement économique de la région gage de la sauvegarde de l’emploi, à favoriser le developpement culturel(grand prix du disque, grand prix du livre), à promouvoir l’éducation contribuant à l’insertion des jeunes, à faciliter le rapprochement entre association et pouvoirs politique dans le cadre d’un meilleur partenariat.


ACHILLE MBEMBE :


Il définit l’AFRIQUE DU SUD, comme étant un pays neuf, qui est actuellement en phase de transition.
C’est un pays ne faisant pas partie des pays sous développés, fortement urbanisé et composé d’une mosaïque d’ethnies ,de races et de disporas.
Au début des années 90,le pays a connu un fort developpement d’activités technologiques, en somme son avenir se joue à l’international.
Concernant l’identité régionale, il considère qu’elle est inexistante et qu’elle pose une réelle problématique.
En effet sous le régime de l’apartheid ,l’action de l’Etat a permis l’émergence d’économies d’archipels .Constitués à leur tour de compartiments industriels dominés par une ségrégation raciale.
L'Etat régulait dans ce contexte les inégalités par le biais de la discrimination raciale. A cette époque il n’y avait pas de région , il était difficile de parler d’un patrimoine historique commun ,ce qui importait c’est d’assurer la suprématie blanche.

Après l’apartheid ,il a eu une territorialité a géométrie variable .On se trouve avec un modèle de ségrégation associée .
L'Etat assure une homogénéité au niveau national, mais au niveau régional cette ségrégation persiste .
Etat a crée des provinces comme mode de régionalisation, il veut assurer la cohésion territoriale a travers la métropolisation. Face à cette réalité les régions doivent réinventer leurs identités culturelles avec de nouveaux symboles .

L’on se demande comment peut-on pondérer les effets d’intégration apportés par la mondialisation ?

Quel est le rôle de l’Etat dans ce contexte ?

Il s’agit de penser une articulation plus synergique entre les différentes politiques d’intervention trop différenciées.

NICOLAS JACQUET

Il trouve que le thème de l'identité régionale est parmi les plus passionnants dans le cadre des entretiens internationaux organisés par la DATAR.

Il fait remarquer q'aujourd'hui on a besoin d'un niveau intermédiaire entre l'Etat et les collectivités territoriales .

La grande difficulté qui se pose, est celle de construire ce niveau intermédiaire s'il n'existe pas.
A cet égard, l'exemple du royaume uni est significatif puisqu'on ne peut plus parler de région(pays de galle)

Pour lui, c'est la notion de structuration territoriale qui est posée derrière l'identité régionale.
Reprenant l'histoire de la France, il a rappelé que napoléon a crée les départements pour casser l'identité régionale.
Il pose par ailleurs la question suivante :

Est-ce que l'identité nationale est forte pour construire une identité Nationale?(cas de L'Afrique)

Si on veut aller vers une identité régional trois conditions doivent être réunies

-la culture: il n'y a pas de région sans culture ,il y a des paramètre de la culture inhérents à chaque région .Parfois c'est la tradition ,ça peut être la langue ,l'histoire commune ou l'épreuve commune.
Par ailleurs la culture unificatrice est multiple.

-l'image :il n'y a pas de région sans image ,l'image se construit ,l'action économique peut être un facteur de promotion de l'image.


-enfin ,la région et la métropole doivent unir leur spécificités

Il conclut ,par l'idée ,que si l' identité n'existe pas il faut l'inventer.

DENIS MALLIAT:

Il considère à priori qu'une forte identité ne va de pair avec l'essor économique. On ne peut pas non plus associer identité et développement. Il y a en fait, toutes sortes de situations ;des territoires ouverts et d'autres fermés.

Dans le cadre de la globalisation ,plusieurs régions sont en concurrence. Plus particulièrement se sont les systèmes de production qui entretiennent cette concurrence .Cela implique un engagement des agents qui doivent être capables d'initiative, d'innovation et de prospection des marchés .

Pour qu'un territoire devienne actif ,il faut qu'il soit capable d'innovation et pouvoir s'organiser en fonction de l'évolution et des influences du monde extérieur.

L'essentiel pour lui, c'est la capacité d'un territoire de créer du dynamisme pour permettre à son système productif d'être efficace.