Entretiens Internationaux de l'Aménagement et du Développement des Territoires 2003
FORUM : « Les relations régions-métropoles »
Compte rendu Entretiens Internationaux de la DATAR -Table ronde Mercredi 22 janvier 2003
Rédigé par Camille Lecoq et Clémentine Petuaud-Letang
Intervenants :
Franco CAMPIA, Premier Vice-Président de la province de Turin, Italie
Jean-Pierre ELONG M’BASSY, Coordinateur régional du Programme de développement municipal (PDM), Afrique de l’Ouest
Pierre MAUROY, ancien Premier Ministre, sénateur du Nord, Président de la communauté urbaine de Lille - Lille Métropole, France
Cherif RAHMANI, Ministre de l’Aménagement du Territoire, Algérie
Christian VANDERMOTTEN, Vice Président de l’Institut de Gestion de l’Environnement et de l’Aménagement du territoire de l’Université libre de Bruxelles, BelgiqueL’articulation entre dynamique urbaine et région est-elle porteuse de plus-values réciproques ? Quels sont les avantages de la polarisation et comment les régions peuvent-elles transmettre, vers les espaces ruraux, la dynamique de développement des espaces métropolitains ?
Le phénomène de métropole est mondial, il concerne autant les pays industrialisés que les pays en developpement. Dans les pays industrialisés, la métropolisation est un phénomène ancien, mais dont le poids sur les régions apparaît aujourd’hui de plus en plus important.
Les pays en développement connaissent quant à eux une véritable « explosion » du phénomène de polarisation.
Face aux problématiques d’aménagement du territoire, la question des influences régions / métropoles apparaît de plus en plus pertinente.
Les différents intervenants ont étudié et exposé les spécificités de ces dernières en référence à leurs pays d’origine.
Christian Vandermotten a réalisé une étude sur le phénomène de métropolisation et ses conséquences du point de vue de l’aménagement du territoire et du développement économique.
Du point de vue de l’importance des métropoles dans l’espace européen, environ un tiers du produit intérieur brut est réalisé dans les régions métropolitaines : 25 % dans les régions métropoles « centrales » (Londres, Paris, Amsterdam…) et 12 % dans les régions métropoles « périphériques » (Lisbonne, Athènes…).
De plus, avec la mondialisation de l’économie, le développement des infrastrusctures (lignes TGV), le phénomène de metropolisation s’accentue.
Sur le plan économique, les métropoles ont prouvé leur efficacité par une polarisation des activités permettant ainsi de créer un tissu économique dynamique entre les pôles de production et de recherche. Cependant, ce phénomène s’accompagne de dysfonctionnements de plus en plus coûteux, avec par exemple les coûts de mobilité supportés par la collectivité. Les disparités intramétropolitaines se développent, deviennent de plus en plus flagrantes et s’avèreront de plus en plus coûteuses sans une péréquation fiscale entre périphérie et centre.
Afin de limiter les risques de cette métropolisation, il convient de mettre en place une gestion intégrée métropolitaine s’appuyant de manière systémique sur des politiques sociales, économiques, environnementales, foncières, fiscales ; sans oublier d’inter-relier ces éléments au sein d’un Plan Stratégique Métropolitain.L’intervention de Franco Campia sur la province de Turin met en évidence l’importance de la relation « ville-capitale » et force économique de la région. En effet, la région de Turin bénéficie de la dynamique forte de la métropole, grâce nottamment à un partenariat étroit offrant souplesse et efficacité. Le projet d’organisation des Jeux Olympiques d’Hiver de 2006 dans la capitale régionale résulte d’une alliance de la vallée de Suza et de la ville de Turin, alliance déterminante pour la réussite du projet et ses retombées à long terme (infrastructures touristiques).
Le Nord de l’Italie entretient par ailleurs des relations historiques avec la région Rhône Alpes et la région Provence Alpes Côte d’Azur en France ; constituant alors une grande région alpine. Ce lien se concrétise et renforce les relations économiques inter-régionales avec le projet de ligne ferrovière Lyon / Turin.Si les métropoles européennes jouent un rôle positif sur le développement économiques de leurs régions périphériques, cela n’est pas encore le cas pour l’Algérie.
Cherif Rahmani confirme cette idée en s’appuyant sur le phénomène d’urbanisation brutale que connaît le pays. L’Algérie a basculé récemment dans un mode urbain gonflant ainsi les grandes villes et asséchant les campagnes. De plus, cette urbanisation rapide se traduit par la perte de liens sociaux créant un éparpillement. Face à ces déchirures, il faut une action de régulation pour intégrer ces espaces autour de ces métropoles. La région apparaît donc comme l’acteur privilégié du rééquilibrage.
Cependant, des réticences sont constatées vis à vis des régions. Ceci s’explique par la construction historique du pays autour d’un Etat fort. Ces échelons de décentralisation sont considérés comme hors normes et donnent lieu à une méfiance forte face à l’émergence de nouveaux pouvoirs territoriaux.
La problématique soulevée ici est celle de la compatibilité entre un pouvoir fort décentralisé maintenant l’unité et un bouleversement des mentalités.
Une des pistes proposée se base sur la notion d’appartenance à un littoral commun et de pâtrimoine à conserver.
Par ailleurs, les valeurs universelles de démocratie, de partage, de transparence doivent être mises en commun dans le cadre d’une coopération décentralisée. Il s’agit alors de préparer l’Euro-Méditerrannée.Dans la réflexion territoriale, la définition de région varie selon les cultures. En effet, en Afrique de l’Ouest, la notion de région recouvre l’espace supra national et l’espace infra national, les deux ayant la même pertinence historique et sociologique. J.-P. Elong M’Bassy définit ici la région comme l’espace polarisé par une métropole.
Le coordinateur régional du PDM précise que la métropolisation ne doit pas être restreinte à ces effets négatifs (« économie de la poubelle »). Si le niveau décentralisé n’existe que dans peu de pays africains, il n’en reste pas moins que les ententes intercommunales jouent un rôle important et que les mégapoles africaines sont nécessaires au développement économique par la transformation rurale et l’accueil des populations.Les enjeux du couple ville/région peuvent s’illustrer par la réussite de l’agglomération lilloise. En effet Pierre Mauroy a décrit cette construction comme une action globale de valorisation du territoire régional donnant un élan à la métropole. Dans un pays centralisé comme la France, il est nécessaire d’effacer les subordinations existantes entre les collectivités et d’opérer un ajustement mutuel.
Plus largement, ne faut-il pas que les politiques soient élaborées dans un cadre de discussion étroite avec tous les acteurs économiques ? Ne faut-il pas renforcer la notion de régions définies indépendemment des frontières nationales ?