Entretiens Internationaux de l'Aménagement et du Développement des Territoires 2003
Atelier : De la prospective dans l’aménagement spatial européen
Compte rendu Entretiens Internationaux de la DATAR -Table ronde Mercredi 22 janvier 2003
Rédigé par Ileana Barbantan et Shermin Ismailova
INTRODUCTION
L’Europe actuelle est organisée en territoires, des espaces de coopération entre les différents acteurs régionaux. L’élargissement vers l’Europe de l’Est entraîne des changements au niveau territorial et incite des réflexions sur une prospective partagée des territoires européens. L’objet de cet atelier de présenter les différents projets et études faites par les mandataires de l’Union européenne sur ce sujet.
INTERVENANTS1. Philippe CICHOWLAZ, Directeur, Conférence des régions périphériques et maritimes (CRPM) ;
2. Philippe DOUCET, Directeur du secrétariat du programme INTERREG 3B « Europe du Nord-Ouest »;
3. Claude GRASLAND, Géographe, Professeur à l’Université Paris 7, Directeur de l’UMS RIADE (point focal français pour l’ORATE), France ;
4. Jacques LEVY, Géographe, Professeur à l’Institut d’Études politiques de Paris, France ;
5. Jean PEYRONY, Chargé de mission planification territoriale, DATAR, France
DEBAT/DISCUSSIONPEYRONY : Pour rapprocher la notion de prospective territoriale française avec les territoires européens nous avons fait plusieurs études – expériences transnationales : INTERREG, ORATE, les cartes etc.. Les intervenants vont présenter respectivement leurs travaux dans le domaine.
DOUCET : Le programme INTERREG 3B englobe l’Aire Métropolitaine Nord-Ouest (AMNO), les régions Nord de l’Europe et l’Angleterre. C’est un programme opérationnel de coopération des régions autour des projets concrets.Le programme illustre une vision spatiale sur l’AMNO pour les raisons suivantes :
- Traduire les objectifs du Schéma de Développement de l’Espace Communautaire (SDEC) en termes opérationnels ;
- Fournir un cadre d’orientation aux projets INTERREG IIC ;
- Guider l’aménagement national et régional dans les états membres ;
- Orienter la coopération transfrontalière INTERREG IIIB.Les fonds structurels introduisent 6 défis importants :
1. Renforcer le rayonnement mondial des métropoles de l’Europe de Nord-Ouest (ENO) ;
2. Repartir équitablement les richesses dans l’ENO ;
3. Maintenir un niveau d’accès élevé vers et depuis l’ENO ;
4. Améliorer l’accessibilité interne et la mobilité durable ;
5. Réduire l’empreint environnemental de l’ENO sur la planète ;
6. Protéger et gérer avec créativité les ressources naturelles et le patrimoine national.Le débat :
Un premier débat s’est tenu pour la rédaction d’un nouveau programme concernant l’Europe de l’Ouest. Les critiques sont nombreuses. La vision a sensibilisé à l’interdépendance des régions et influencé la rédaction du nouveau programme ENO. Un nouveau débat doit se tenir sur une base nouvelle.Le programme d’initiative communautaire prévoit :
- 5% du budget consacré à des études, base cognitive de la Vision ;
- Une stratégie ouverte sur l’extérieur, non repliée sur l’ENO ;
- La création d’un forum permanent.Les autres Visions :
- CADSES, Mer du Nord, Mer Baltique ;
- L’émergence des « mini-Europes » ;
- La base géographique et le contenu politique des « mini-Europes ».Base géographique :
- Le danger de repli sur soi-même ;
- Ancrer les espaces de coopération l’un à l’autre ;Contenu politique des « mini-Europes » :
- Deux scénarios : la coopération « pis-aller » : fausse solution au déficit des méthodes communautaires ou Europe plusieurs vitesses ;
- La coopération « catalytique » : terrain privilégié d’implication des régions, prise de conscience des enjeux territoriaux communautaires.Il y a un déficit européen en ménagement des territoires faute aux lacunes dans la coopération transnationale et des mauvaises interconnexions entre les programmes de coopération.
CICHOWLAZ : www.CRPM.org
L’étude suivante illustre la construction d’un modèle polycentrique et équilibré pour le territoire européen. Il est défini sur un partenariat état – CRPM et crée une vision polycentrique de l’Europe. Les états participants sont : l’Italie, la France, l’Espagne, le Portugal, l’Angleterre et la Norvège. Chaque état a choisi des experts qui ont travaillé ensemble.Les principaux objectifs de l’étude sont :
- Déterminer les territoires polycentriques ;
- La coopération entre les territoires polycentriques ;
- Le renforcement des relations au niveau : national, binational, transnational ;
- Le renforcement de la connexion entre les systèmes urbains au niveau intra et extra communautaire ;
- Les modalités d’agir sur la compétitivité des systèmes ;
- Les échelles de coopération ;
- Une sélection des systèmes urbains ;
- Typologie des systèmes urbains : unipolaires (Lisbonne), bipolaires (Padou - Venise), multipolaires ;
- Classification des systèmes urbains : portes périphériques, étoiles émergentes, systèmes prometteurs, systèmes dilemmes (Montpellier), systèmes plus périphériques, liens fonctionnels ;
- L’évaluation comparative des systèmes urbains, se fait par rapport aux indicateurs suivants : masse, compétitivité, dynamique, connectivité ;
- Les points forts et les points faibles des systèmes urbains ;
- Développement des entreprises – critères d’attractivité des territoires : facteurs primaires : accessibilité, R&D, éducation, marché de l’emploi ; facteurs secondaires : cadre de vie, loisirs, etc. ;
- L’avenir des systèmes urbains.
GRASLAND : Le programme ORATE est un programme d’étude lancé entre 2001 et 2006 pour améliorer le USDEC. Les chercheurs sont regroupés en 30 équipes de recherche.Le programme a 3 parties :
1. Tendances générales ;
2. L’impact des politiques de transport ;
3. Synthèse et outils d’aménagement territorial.Ci dessous deux exemples de sujets de travail :
A/ La définition du concept « cohésion territoriale ». Le concept est beaucoup utilisé, il figure même dans le traité d’Amsterdam, mais il n’est pas bien défini.Les étapes de la recherche :
- L’inventaire de tous les textes où on trouve le terme ;
- La recherche de consensus politique sur le terme ;
- Le concept scientifique ;
- Les bilans des différents concepts qui existent déjà ;
- La Proposition des définitions.B/ L’étude des indicateurs économiques se rapportant à l’élargissement de l’Europe. Il y a deux voies de travail : créer des indicateurs ou améliorer les indicateurs déjà existants. Nous sommes arrivés à la conclusion que les indicateurs existants déclinés en fonction des différents critères sont les plus adéquats.
LEVY : Dans l’approche régionale de l’Europe, les pays font preuve de beaucoup de créativité. Nous observons un phénomène de « overlaping » - de chevauchement des territoires, qui avait déjà fait objet des recherches de la DATAR.L’espace européen est traité comme un tout. La OSDEC nous propose d’une part une vraie réflexion sur l’aménagement territoriale européen, et de l’autre coté, nous sommes face à une reprise en main par les états de leur pouvoir territorial. Il y a des différences entre la politique volontariste de l’état et la politique européenne d’aménagement des territoires. L’état a peur que l’Europe lui impose la politique d’aménagement des territoires.
Aujourd’hui les métropoles européennes, dont Paris, ne sont plus accusées de concentrer les richesses du pays. C’est Paris qui demande quels sont ses intérêts dans la relation avec le territoire européen. Comment l’Europe va-t-elle l’aider à se développer parallèlement aux autres métropoles européennes?
La densité en Europe varie en fonction des territoires. Une forte densité en France représente une moyenne densité à l’échelle européenne. Il est nécessaire de faire une nouvelle définition des critères d’évaluation.
Aujourd’hui nous ne pouvons pas suggérer de déplacer les frontières de l’Europe, même s’il y a des réflexions sur la division territoriale actuelle. (Exemple : L’Alsace pourrait travailler avec l’Allemagne, et la Corse aurait plus d’affinités avec les îles Méditerranéennes). L’Histoire étatique est infime dans l’histoire européenne.
QUESTIONS1. Est ce que des "facilitateurs" sont prévus pour gérer le conflit entre les scientifiques et les hommes politiques ?
GRASLAND : Oui nous avons une équipe de sociologues qui est chargée d’étudier ce frottement et de proposer des solutions adéquates.
2. Quel est votre avis sur l’émergence d’une culture européenne, d’une identité européenne ?
LEVY : Prenons l’exemple des celtes qui peuplaient nos territoires. L’idée n’est pas de recréer artificiellement une culture celtique, mais de permettre aux citoyens d’avoir une identité européenne.
3. Vous avez basé vos études sur des indicateurs économiques – le PIB, avez vous oublié la culture, le social et le public ?
GRASLAND : Effectivement la culture et le social sont très importants. L’économie et le PIB ne sont pas les seuls critères d’étude, mais je considère que ce sont les exemples les plus parlants de notre travail.