
Entretiens internationaux
de l'aménagement et du développement des territoires
03 et 04 mai 2004
L'élargissement
de l'union :
une chance pour les territoires d'Europe

Compte rendu Table Ronde 2
Lundi 3 mai 2004
Quels équilibres des rôles entre l’Union, les Etats et les Régions ?Intervenants :
Pal CSAKY – Vice Premier Ministre slovaque
Jean-Charles LEYGUES – Directeur de la DC Regio, Commission Européenne
Hannes MANNINEN – Ministre finlandais des Affaires régionales et municipales
Krzystof NERS – Vice-Gouverneur de la Banque de développement du Conseil de l’Europe
Jan OLBRYCHT – Universitaire polonais
Pasqual MARAGALL – Président de la Généralité de Catalogne
Un certain nombre de questions ont été posées aux intervenants, notamment en termes d’adhésion à l’Union Européenne, puisque nous étions en présence au cours de cette table ronde de représentants de nouveaux pays entrants comme la Pologne ou la Slovaquie, mais également en termes de décentralisation, grand sujet d’actualité.Pal CSAKY – Vice Premier Ministre slovaque
Notre interlocuteur slovaque souligne en guise d’ouverture du débat l’enthousiasme positif au sein du nouveau pays entant. La réunification européenne a été acceptée par l’ensemble des citoyens.
Il évoque la décentralisation au sein de son pays comme n’étant pas facile à mettre en place. La Slovaquie est un pays jeune, établi depuis seulement 4 ans. Ce pays a une situation géopolitique intéressante, positionné entre la Pologne et l’Ukraine. Mais les grandes disparités entre les différentes régions du pays pose un problème central. Le PIB est de 48% par habitant, soit la moyenne de l’Europe des 15. Le taux de chômage à l’échelle nationale est de 15%. Ceci dit, la partie occidentale du pays est très développée alors que la partie orientale ne l’est pas. De nombreuses tensions existent entre les régions et le gouvernement de centre droite. La Slovaquie a connu en 2003 un changement de système fiscal (taux de 19% pour tous). Les régions cherchent à résoudre leurs problèmes eux-mêmes, indépendamment de l’intérêt national.
A la question « pourquoi les gens investissent-ils chez vous, notamment dans le secteur automobile ? », Pal CSAKY répond que la situation géopolitique est propice, que la main d’œuvre est bon marché, que la fiscalité est légère pour tout le monde et que la Slovaquie est un pays actif.
Cependant, le vice premier ministre slovaque s’inquiète des répercutions de l’élargissement tel qu’il se présente actuellement, sur les régions du pays, qui connaîtront, selon lui, des problèmes importants. Pal CSAKY serait favorable pour donner plus de pouvoirs aux régions plutôt qu’à un Etat nation, car les objectifs de chacune sont très divers en Slovaquie. Mais il reste dans l’idée que l’Etat doit être au courant de tout et doit coordonner l’ensemble des initiatives entreprises par les régions.
Pasqual MARAGALL – Président de la Généralité de Catalogne
La Catalogne a aujourd’hui 25 ans d’autonomie et selon Pasqual MARAGALL, c’est un grand succès. L’Europe a contribué au développement des régions espagnoles mais il souligne une certaine fatigue de la solidarité des régions entres elles, à l’échelle européenne. La RFA est fatiguée de sa solidarité envers les régions pauvres espagnoles. L’élargissement présente selon lui de nouvelles obligations. Il a cependant une vision positive de l’élargissement de l’UE, et remarque que le bénéfice de l’élargissement se situe au niveau de l’accessibilité à un nouveau marché porteur et sera plus grand que les coûts de déviation de la solidarité. En d’autres termes, ce bénéfice sera supérieur aux difficultés.
Pasqual MARAGALL est en faveur du principe de subsidiarité(1) et de la proximité.
Il terminera cette table ronde en relevant un problème, qui selon lui représente une aberration dans le bon fonctionnement de l’UE : « le budget de l’Europe est honteux, il faut que l’Europe soit à la hauteur de ce qu’elle entreprend ! »
Krzystof NERS – Vice-Gouverneur de la Banque de développement du Conseil de l’Europe
Le premier intervenant polonais remarque que l’euphorie au sein du pays a été moins grande comparée à l’ambiance relatée par les autres représentants des nouveaux pays entrants. C’est sans doute lié au sommet économique qui se déroulait le 1er mai à Varsovie, et à la fermeture de tous les restaurants de la capitale.
Jan OLBRYCHT – Universitaire polonais
Jan OLBRYCHT nous présente ses deux visions sur l’élargissement : la vision financière, l’argent dont peut bénéficier un pays entrant, et la vision culturelle, les valeurs les plus importantes à partager avec l’ensemble de l’UE. Pour cet universitaire, la décentralisation de la Pologne a été créée afin de retrouver une certaine confiance des citoyens envers l’Etat. Il faut qu’il y ait, selon lui, restitution de la démocratie en reconstituant la confiance par la transparence. Et cette idéologie devrait s’appliquer pour tous les pays constituant la nouvelle Europe.
Il précise par la suite l’importance d’un point de repère au sein de l’UE qui est l’Etat, en insistant sur l’importance du co-financement, qui devient alors un acte de solidarité.
Jean-Charles LEYGUES – Directeur de la DC Regio, Commission Européenne
Il explique que la décentralisation n’est pas une condition sine qua non. Il prend l’exemple de l’Italie qui a connu de grandes difficultés lors de son époque de forte décentralisation. La régionalisation n’est pas selon lui toujours un facteur de réussite. Tout d’abord parce que les capacités administratives ne sont pas assez efficaces sur certaines régions, et ensuite parce que les politiques ne sont pas bien définies. Au-delà de la répartition des compétences, il y a la capacité de coopération. Il précise qu’il faut qu’il y ait une réelle culture de partenariat au niveau des régions d’un pays pour qu’il soit entrepris.
En termes de transparence, la régionalisation est remise en cause par rapport aux disparités. Mais il faut qu’il y ait réponse à ce problème, or la centralisation ne va pas dans ce sens.
A la question « Où la France en est-elle en termes de décentralisation ? », il répond que le critère clé est la responsabilité et non la déresponsabilité, car la centralisation n’est pas une solution simple à mettre en œuvre. Par contre, le chevauchement (bien coordonné) des politiques, peut être une bonne solution.
Il termine enfin en déclarant que l’UE n’a de relations institutionnelles qu’avec les Etats et non les régions, et que toute négociation est nécessairement engagée avec l’Etat, en insistant sur l’importance du co-financement, qui devient alors un acte de solidarité.1. Rappel – Principe de subsidiarité : consiste à réserver uniquement à l’échelon supérieur, ici l’Union Européenne, ce que l’échelon inférieur, les Etats membres de l’UE, ne pourrait effectuer que de manière moins efficace.
Master
MIPMET M2
Management International
des PME, Entrepreneuriat et Territoires
Universités Montpellier I et III