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International/Stratégie

Katsuyuki
KAMEI
Professeur en sciences de gestion à l'université de Kansai,
Osaka, Japon.
Titulaire d'un Master en économie et gestion à l'Université
d'Osaka, il avait au préalable entamé des études
de langues, notamment de français.
En 1997-98, il obtient son DEA option Marketing à l'IAE d'Aix en
Provence. Dans le cadre de sa thèse en 2001 il publie « Stratégie
des entreprises françaises et gestion des risques ». En 2002,
il obtient son Doctorat à l'université municipale d'Osaka.
Aujourd'hui, ses travaux portent principalement sur la gestion du risque
et sur la stratégie des entreprises françaises, notamment
le secteur des compagnies d’assurance et de l’automobile.

Liste
des entretiens
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Pour ce troisième
entretien MIPMET, nous avons décidé de livrer une analyse
sur la situation et la stratégie des entreprises françaises
au Japon. A l'heure où le monde tremble devant le réveil
chinois, il ne faudrait pas oublier l'archipel nippon, encore une référence
en Asie et dans le monde.
Depuis
quand les entreprises françaises s’installent-elles au Japon
et à quel rythme ?
Il
existe quatre périodes qui ont rythmé l'installation des
entreprises françaises au Japon.
La première phase dite “pionnière”, entre 1860
et 1940, est marquée par la fin de l'époque féodale
(mouvement Edo). Sous la pression des occidentaux, le Japon s'ouvre sur
l'extérieur et apparaît ainsi les premières Maisons
de Commerce Françaises, qui, à l'époque, exportaient
de la soie vers Lyon.
Les Français, alors minoritaires, fondent en 1918 la première
Chambre de Commerce Française du Japon (CCFJ). L'implantation d'Air
Liquide dans le pays a favorisé le transfert de technologie qui
s'est poursuivit dans le domaine aéronautique et celui automobile.
La deuxième période dite d' “après-guerre”
marque la reprise des relations franco-japonaises avec notamment l'alliance
Renault-Hino entre 1953 et 1962 (35000 4CV fabriquées). On assiste
alors au renforcement du transfert de technologie et à l'installation
de grands groupes tels que Rhône-Poulenc ou Pechiney.
La troisième période, entamée avec l'Exposition Universelle
d'Osaka en 1970, intronise le Japon comme deuxième économie
mondial. Les relations franco-japonaises s'accélèrent et
on voit apparaître sur le marché nippon des grands noms comme
Louis Vuitton, des PME (par le portage) voir des TPE (boulangers, restaurateurs...).
La quatrième période est marquée par une crise globale
dans le pays surtout dans les secteurs de la distribution, de la banque
et de l'assurance avec une moyenne de sept faillites sur treize.
En 1996, l'économie nippone redémarre et le besoin d’investissements
étrangers se fait de plus en plus sentir. C'est alors que l'alliance
Renault-Nissan (1999) consacre la France comme premier investisseur étranger
au Japon.
Aujourd'hui, la France est le troisième investisseur dans le pays
devant les Etats-Unis et les Pays-Bas. D'ailleurs les implantations marquantes
se sont succédées telles Hachette, Axa ou Carrefour.
L'implantation
au Japon est-elle seulement une affaire de grands groupes français
ou les PME ont-elles leurs places ?
Comme
je vous l'ai dit précédemment, ce sont principalement des
grands groupes qui ont réussi à s’implanter étant
donné les difficultés d'adaptions au marché japonais
qui reste l'un des marchés les plus exigeant au monde. En effet,
Louis Vuitton du groupe de Bernard Arnault a connu un grand succès
tout comme Renault ou encore Hachette. Malgré tout les PME ont
leurs places et particulièrement les TPE dans les métiers
de la gastronomie tel les artisans boulangers (“Paul” même
si c'est une chaîne est bien implanté) ou encore les restaurateurs
de renom comme Paul Bocuse, Joël Robuchon et Alain Ducasse.
Il existe également des possibilités pour les PME innovantes
évoluant sur des niches particulières, comme a su faire
Europlasma une PME de 30 salariès spécialisée dans
le traitement des déchets toxiques. Pour les autres il existe diverses
solutions notamment à travers le portage et le concours des grands
groupes (Partenariat France est un bon exemple).
Peut
on percer en Asie sans passer par le Japon ?
“Jamais
sans le Japon... mais avec la Chine et la Corée du Sud” déclarait
M. BENOLIEL, ancien Président de bioMérieux Japan.
En effet, malgré l'émergence de la Chine, le Japon reste
un marché incontournable en Asie et il est préférable
au préalable de s'implanter dans le pays pour attaquer les autres
marchés de l'Asie du Sud-Est. Une stratégie inverse est
dangereuse du fait de la réticence du marché japonais à
l'égard des produits chinois ou sud-coréens.
Y a t-il une stratégie à adopter pour
s'implanter au Japon ? Pourquoi certaines entreprises françaises
comme Carrefour ont échoué ? Et d’autres comme Renault
ont réussie ?
Selon
moi, si je devais donner trois conseils pour s'implanter au Japon dans
les meilleures conditions, ce serait tout d'abord de penser Long Terme
car le marché japonais est difficile, exigeant et nécessite
un niveau de service élevé.
Ensuite, il est primordial d'observer le comportement des consommateurs,
des distributeurs afin de s'adapter au mieux à leur culture, leurs
spécificités.
La troisième règle est d'adopter une stratégie de
coopération et de respecter l'indépendance des interlocuteurs
comme a su le faire Renault avec Nissan.
C'est en cela que Carrefour a échoué au Japon. Les consommateurs
japonais s'attendaient à des produits de qualité “Made
in France”, or Carrefour a proposé des produits standards.
“Le summum est qu'au sein de la galerie marchande Mac Donald et
StarBucks ont été préféré aux cafés
à la française”.
Par contre, Renault a su adopter une stratégie de coopération
et respecter l'indépendance de Nissan à travers un apprentissage
et une confiance mutuelle.
Aujourd'hui pour Nissan, les résultats sont là.
Y
a-t-il un modèle français pour vous ?
Oui,
principalement issu du modèle universitaire français qui
prône selon moi le leadership, l'apprentissage du terrain à
travers des stages. “Le système d’éducation
dans le domaine de la gestion en France est devenu un des meilleurs”.
Au final, gestion et créativité composent le modèle
français. C’est tous cela qui manque au Japon pour former
de grands managers, par exemple la pratique du stage n’est pas courante.
Selon
vous en quoi le modèle français peut-il apporter au modèle
japonais et vice versa ?
Le
meilleur exemple est l'alliance Renault-Nissan, avec un modèle
français basé sur une bonne gestion, le leadership de Carlos
Ghosn et une créativité, qui a su apporter énormément
au modèle japonais. Ce dernier apportant en retour une mise en
oeuvre de la production accrue et un contrôle de la qualité
omniprésent.
Pour résumer, l'approche transverse montre que du côté
français la gestion est optimale et que du côté japonais
la production est de qualité.
La complémentarité du modèle franco-japonais explique
le succès de l'alliance Renault-Nissan, tout comme d'autres (Hachette,
Axa...)
Quelle
est l’image des entreprises françaises pour les japonais
?
Lorsqu'on parle d'entreprises françaises, les japonais pensent
à la culture, au luxe, à la littérature, à
la gastronomie... Mais encore une fois depuis l'alliance Renault-Nissan,
l'image a évolué. Les Japonais découvrent une autre
facette des français davantage basée sur la gestion, la
construction, l'industrie.
« Mais rassurez-vous, le sac Louis Vuitton marche toujours aussi
bien auprès des japonaises » !
En
savoir plus :
Frédéric BENOLIEL : Les marchés asiatiques,
vision d’un des Conseiller du Commerce extérieur au Japon
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