Les entretiens MIPMET ont pour objectifs d'aborder des thématiques d'actualité. Réalisés par les étudiants du M2 MIPMET, ces entretiens vous invitent à découvrir une personnalité qui nous délivre sa vision sur les PME, l'internationalisation, les territoires,...

 

La TPE « Poissons et Passion », ATOUI Najiba & MINANA Sylvain
Ou comment valoriser l’entrepreneuriat et les ressources d'un territoire au travers d'une TPE.

Entreprendre c'est prendre des risques mais avant tout savoir s'adapter
 

Entrepreneuriat / Territoire

ATOUI Najiba & MINANA Sylvain (30 ans) POISSONS ET PASSION (EURL)

Depuis 1999, Sylvain élève la truite Fario dans un hameau de l’Hérault situé à 450 m d’altitude, au confluent de deux sources d’eau. En 2003, son amie Najiba le rejoint. Après plusieurs mois d’expérimentation d’élevage de l’omble chevalier, une espèce en voie de disparition, le couple crée Poissons et passion.

Activité : Elevage et commercialisation de poisson rares
Récompense : Lauréat national “Dynamiques Rurales”2005. Prix doté par le Crédit Agricole : 8000 euros, Lauréat du prix de la TPE (Hérault) 2004, catégorie “Faire” (produit et service innovant).
Créateur(s) : ATOUI Najiba & MINANA Sylvain (30 ans)
Création : 03/2005
Lieu: Région Languedoc-Roussillon, Hérault, LES PLANS
Emplois créés : 2

Contact: ATOUI Najiba & MINANA Sylvain
34700 LES PLANS
Téléphone : 04 67 44 00 48
poissons.passion@wanadoo.fr

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Liste des entretiens

Pour cet entretien nous souhaitons présenter la jeune TPE « Poissons et Passion » car elle représente un exemple à la fois d'esprit d'entreprise et de lien avec le territoire, des problématiques auxquelles notre master MIPMET est très attaché.

Quelle a été l'idée moteur de cette création? Racontez nous un peu la création de cette TPE.

Sylvain: Je sortais de mon apprentissage de huit mois de spécialisation en milieu aquacole mais plutôt industriel, mais entreprendre c'est avant tout quelque chose qu'on a en soit, une vocation.

Najiba: C'est une éthique, si on a envie d'être patron ou salarié c'est un choix, j'ai toujours eu l'esprit d'entreprendre. J'ai un rapport difficile avec la hiérarchie et ma volonté était d'être mon propre patron. C'est ce qui nous a animé dès le départ et qui continue aujourd'hui.

Sylvain: Plus encore c'est un état d'esprit, on a besoin de voir le travail différemment notamment par l'entreprise, je ne privilégierai pas des démarches pour faire de la quantité, j'ai toujours envisagé le métier d'une autre façon : la qualité.

Najiba: Entreprendre dans notre cas c'est aussi le rapport avec la prise de risque, on apprend toujours à l'école les bases qui t'emmènent vers des voies plus ou moins connues. Mais quand nous avons pris en main notre exploitation il a fallu innover, s'adapter, dans notre cas la théorie n'était pas adaptée à ce lieu. Entreprendre c'est donc prendre des risques mais avant tout savoir s'adapter.

Sylvain: ... On a un point commun tous les deux, on a investi, on est arrivé très jeune (24 et 25 ans), les débuts ont été difficiles dans un coin isolé, on s'éclairait à la bougie, c'était rude. Mais cela nous a renforcé car on n'a jamais eu peur des risques que comportait cet investissement.

Najiba: La création c'est donc faite au fil de notre idée, la qualité du site et de nos ressources devait être mise en valeur, on s'est installé ici en sachant qu'on avait une qualité d'eau exceptionnelle, un outil de travail de valeur alors comment l'exploiter ? Pour certaines variétés comme la truite arc en ciel tu te fais complètement écraser par les industriels car leurs coûts de vente sont inférieurs à nos coûts de production. Pour d'autre comme la truite Fario c'est intéressant mais connoté pêche par contre sur l'omble chevalier le potentiel est énorme.

Sylvain:... Mais il y a des contraintes on pourrait en faire dix tonnes, on ne veut pas se concentrer sur une espèce car il y a beaucoup de facteurs limitants (température, sécheresse, la nature du produit...). Il ne faut donc pas mettre tous ses oeufs dans le même panier car la TPE n'a pas les ressources nécessaires pour faire face aux impondérables comme pourrait le faire une grande entreprise.


Pourquoi s'implanter sur un territoire aussi reculé?

Sylvain : Par ce qu'il y a des avantages multiples (constance de la température de l'eau, eau pure) et pour se démarquer des méthodes industrielles. On a vu également les contraintes, mais on en a mesuré leurs véritables ampleurs au jour le jour.
Nous avions visité un site dans la Loire mais il ne nous a pas plu au niveau qualité de l'eau et environnement, contrairement au Lodévois. Notre démarche est vraiment axée sur la qualité de nos produits et donc de notre site d'implantation.

Comment s'est passée cette implantation au sein du village Les Plans ?
Avez vous bénéficié d'aides, de subventions ?

Sylvain : Il faut dire que la pisciculture reste méconnue et peu valorisée par les politiques locales, nationales voire européennes. Nous avons quand même bénéficié d'un fond d'aide à l'installation des jeunes agriculteurs.
Au niveau local, l'implantation de deux jeunes venant de régions diverses a été difficile car certaines personnes voyaient en nous les nuisances d'une production industrielle et il a fallut beaucoup communiquer sur notre activité, certaines fois en vain.
(NDLR: il est possible d'entrevoir un certain toporatisme dans cette situation).

Quels sont vos principaux clients ?

Sylvain : Nos clients se partagent à 70% en vente directe et restauration et 25% grande distribution. On travaille avec la « Maison de Pays » au Caylar, avec une entreprise de Montpellier qui s'appelle « Terroir direct » qui intègre nos produits dans des paniers. Mais aussi avec la grande distribution comme « Carrefour », notre démarche depuis deux mois se situe auprès des magasins locaux accessibles en direct afin d'éviter les centrales d'achats. Le but étant de leurs proposer des produits ultra frais pêchés le matin même, car le client est de plus en plus informé et veut donc de la qualité. Nos autres clients sont également les restaurateurs dont plusieurs grands chefs gastronomiques comme Michel Bras (trois étoiles Michelin), Pierre Gagnaire (L'hôtel Balzac) sur Paris, Joel Robuchon qui sont nos meilleures cartes pour nous faire connaître.

Quelle est la place de l'export dans votre activité?

Najiba : La démarche est plutôt marginale et se situe surtout par rapport à des opportunités. Mais nous exportons malgré tout 5% en Suisse amateur de ce type de poisson. Mais la logistique (transport frigorifique) et les normes liées à la nature du produit font que l'export n'est pas notre priorité. Nous privilégions pour l'instant le développement local.

Quel a été l'impact de votre victoire aux prix de la TPE 2004 dans la catégorie « Faire » ?

Sylvain : Ces prix c'est d'abord une reconnaissance du travail accompli et aussi l'occasion de faire connaître et reconnaître notre travail. Par ces concours nous avons créé de multiples contacts, rencontré d'autres entrepreneurs. D'ailleurs nous allons participer au concours « Entreprendre » à Paris pour rester dans cette optique. Au final cela nous conforte dans notre idée et nous donne envie de continuer.

Quelles sont vos perspectives de développement futur ? Embauche ?

Najiba : Embaucher pourrait venir si notre projet se développe, mais nous allons essayer tout d'abord de pérenniser nos emplois. C'est seulement la sixième année d'exploitation et mettre en place des projets prend du temps. Nous comptons surtout diversifier l'activité vers des terrines, le fumage, la valorisation des produits. Pour l'instant on a commencé à en faire mais l'atelier est en Lozère. A terme nous souhaitons l'intégrer, l'objectif étant de toucher différents types de clients et être présent tout au long de la filière, c'est à dire de l'oeuf aux poissons transformés.


 
Décembre 2005
Entretien réalisé par Julian AGUSSOL, Xavier GAMBIER et Laurent GODFRIN - MIPMET06

 

Master MIPMET M2
Management International
PME et Territoires


Universités Montpellier I et III

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